Projet

Bonjour,

Suite à un bourgeonnement littéraire du Frangin et du Diplomate, j’ai chopper le virus de l’écriture. Du coup je m’y suis mis.

Une petite histoire essaye de naître dans mon crâne.

Bonne lecture.

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Une mission pour le bleu

Hôtel de Soubise
Archive nationale
Paris, IIIe arrondissement.
21 h 15. Printemps. Nuit.

La peur me colle à la peau. L’adrénaline inonde mes veines. L’air brule mes poumons. Mes tempes vont éclater. Mes forces s’amenuisent. L’endorphine m’empêche de craquer. Et un liquide chaud coule sur ma joue…

Ils sont trois. Je suis seul.

J’entends les notes basses d’une musique classique masquée par le martèlement de mes pas sur le plancher. Les lambris de ce chef d’œuvre du néo-classique à la française n’ont jamais dû entendre autant de bruit depuis longtemps. Mais franchement, je n’ai pas l’air d’un touriste. Je suis plus du genre visiteur indésirable ; ou plutôt, extrêmement désiré par les trois gorilles que j’ai aux basques !

Ma transpiration trouble ma vision. Je cours à en perdre haleine.

Le couloir débouche enfin sur quelque chose. À ce que je peux en voir, il s’agit d’une pièce de réception. Je n’ai pas le temps de m’attarder sur la décoration. Comme je vous l’ai dit, je ne suis pas là pour les journées du patrimoine. Les tables sont dressées. Le buffet n’attend plus que les invités prestigieux de ce soir, mais surement pas moi. Je me précipite alors vers la première porte de communication que je vois. Fermée. Je n’ai pas le temps de toutes les essayer : mes poursuivants me coupent déjà la retraite. Je suis coincé !

Et merde !

Je me retourne. Les trois molosses me font face, style « Men in black » allaités aux anabolisants. Livraison en triple exemplaire avec tous les accessoires : costume noir, lunettes de soleil, armes, et oreillette. De vraies caricatures. Ils font vraiment tache dans ce décor superbe. La partie va être serrée.

Pourquoi est-ce que j’ai pris ce boulot !?

Les secondes passent.

Souffle. Détends-toi. Le vieil Andrew t’en a fait voir d’autres. Et puis, ils te veulent vivant. Tu es bien trop précieux pour qu’ils prennent le risque de te tuer. Vivant, oui certes ; mais pas intact !

Comme s’il en a avait reçu l’ordre silencieux, le premier de mes hôtes très spéciaux à une réaction étonnante : au lieu de me foncer dessus, celui-ci marche tranquillement vers moi. Prudent, sûr de sa maitrise des événements, il semble prendre son temps. Ces deux acolytes font le tour et passent dans mon dos. La meute m’encercle. La suite est assez prévisible. Ce serait dommage qu’un coup de feu vienne troubler cette magnifique soirée. Les prestigieux invités de ce soir ne le pardonneraient pas à leur hôte. N’invite pas le Conseil des XII le premier quidam venu, d’autant plus qu’ils viennent de loin.

Heureusement pour moi, mes réflexes prennent le relai de ma pensée intempestive. Le premier garde du corps continue d’avancer. J’ai comme l’impression que le temps ralentit. Ses mouvements sont fluides, professionnels. Il sort de sa veste un stylo à injection. Peu à peu, l’étau se ressert. Les grincements du parquet me signalent la position de mes adversaires. Tout va très vite.

L’un des deux bodybuildés qui se trouvait derrière, se jette alors sur moi et me ceinture de ces bras puissants. Mu par un réflexe conditionné, mon talon vient écraser ces orteils. J’en profite pour me libérer en passant sous son bras droit. Dans le même mouvement, mon coude gauche vient se loger dans ces côtes, lui coupant la respiration. J’en profite de sa distraction pour saisir son poignet droit et lui imprimer un mouvement de torsion antihoraire tout en passant mon basin puis mes épaules sous son côté droit. Mon adversaire hurle de douleur. Avec une perversité dont je ne me saurai jamais pas cru capable, je me délecte de la double cassure des os de son avant-bras. Le chasseur devient proie. Je plaque le reste de son bras dans son dos, ce qui a pour effet de lui bloquer toutes les articulations du coude jusqu’à l’omoplate. Mon ennemi devient mon bouclier. Vraiment très pratique quand on y pense.

Mais je ne suis pas plus avancé. Ils sont toujours deux en parfaite santé et mon « partenaire » est un peu encombrant. Il me faut trouver une issue. Et vite !

La fenêtre ! Une bonne fenêtre à l’ancienne, simple vitrage et baguettes en bois. Avec le poids de mon otage, ça devrait passer. J’imprime une nouvelle pression sur le bras meurtri de mon adversaire. Direction : la sortie ! Je me mets à courir vers l’ouverture avec mon otage face à moi, le tenant fermement. Avec un temps de retard, il commence à comprendre, ce qui lui arrive. Mais c’est trop tard pour freiner. Sa tête vient faire bélier contre la fenêtre qui vole en éclat.

Et, dans une myriade de verres, nous nous défenestrons tous les deux…

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